Quand on est hors poste, « en transition », comment faire avec son profil LinkedIn ? Que faut-il indiquer ? Que ne faut-il pas écrire ? Quelles sont les fausses bonnes idées ?

Dans cet article, je vous parle de :

  • Contraintes du marché français.
  • Contraintes de l’algorithme.
  • Headline / Infos / Titres de poste / poste actuel.
  • Combien de temps le dernier poste peut rester poste actuel.
  • Les fausses bonnes idées.
  • La moins mauvaise solution.

Cette situation j’y suis confronté toutes les semaines depuis que j’ai commencé à m’intéresser à LinkedIn… en 2010.

Depuis 2011, j’ai rencontré des chasseurs, j’ai échangé avec des spécialistes de l’outplacement, j’ai animé chaque année des dizaines de formations et d’ateliers dans des cabinets d’outplacement de dirigeants et dans les principales associations d’alumni. J’ai ainsi pu échanger d’une part avec des cadres et des dirigeants et d’autre part avec des professionnels de la gestion de carrière.

Quand on est hors poste, être visible sur LinkedIn / ne pas perdre en visibilité sur LinkedIn, c’est la quadrature du cercle. On est très proche des injonctions paradoxales tant les différentes composantes à prendre en compte peuvent paraître opposées :

  • Ne pas mentir, mais ne pas non plus nécessairement dire toute la vérité.
  • Ne pas s’afficher ouvertement comme étant disponible ou hors poste ».
  • Prendre en compte les contraintes de l’algorithme : il faut avoir une expérience avec la case « poste actuel » cochée.
  • Eviter d’envoyer un message avec un habillage de poste actuel ne correspondant pas au projet professionnel, comme « consultant » par exemple.

Donc pour résumer, il faut un poste actuel tout en étant hors poste mais qui ne soit pas ni un mensonge ni une information erronée qui ne serait pas en ligne avec le projet professionnel.

Contrainte N°1 : La situation en France : on a le droit d’être hors poste à condition que cela ne se voie pas

Certes certains recruteurs s’intéressent à vous et seulement à vous et se fichent que vous soyez en poste ou hors poste. Mais c’est loin d’être une majorité.

En approche réseau, c’est moins gênant puisque la recommandation réseau peut atténuer la situation « hors poste ».

Dans une démarche « classique », notamment via professionnels du recrutement, c’est un peu différent. On entend souvent dire  que la chasse, c’est 8% du marché. Oui, la chasse c’est 8% du marché global, mais plus vous montez dans la hiérarchie, plus le rôle des chasseurs / executive search sera important et il est clair que sur le marché des dirigeants par exemple, la chasse représente plus de 8% du marché.

Le recours à un professionnel permet d’avoir un avis extérieur, de maintenir une certaine confidentialité, de valider des références et, il faut le reconnaître, dans un certain nombre de cas, d’externaliser une partie de la responsabilité.

Les chasseurs que j’ai rencontrés m’indiquent que c’est sous la demande / pression de leurs clients qu’ils sont moins ouverts à des candidats hors poste.

  • « Si je propose des candidats hors poste, on me dit qu’on n’a pas besoin d’un spécialiste pour les trouver et que ce n’est pas pour cela qu’on me paie ».
  • Mon client me dit : « des candidats hors poste, moi aussi je peux en trouver ».

Le spécialiste français de la démarche réseau pour retrouver un emploi : Hervé Bommelaer, indique dans l’un de ses livres que dès qu’on est hors poste, le téléphone sonne nettement moins et qu’on a perdu énormément d’attractivité pour un recruteur.

Donc, il n’est clairement pas conseillé d’indiquer sur son profil « disponible », « hors poste », « en transition » ou « à l’écoute ». On peut le faire, dans certains cas, quand la transition dure et que la situation est pressante, certains s’affichent plus clairement, mais sur le marché français, ce n’est pas recommandé.

Tout en ayant conscience qu’il faut évidemment éviter de mettre des informations fausses. PAS DE MENSONGE.

Contrainte N°2 : l’algorithme de LinkedIn

LinkedIn est développé sur la côte Ouest des USA. Vu de San Francisco, les spécificités franco-françaises du marché de l’emploi que j’ai évoquées au point précédent, c’est un non-sujet. Je ne suis même pas convaincu que les dev de LinkedIn sachent qu’en France on peut être hors poste à condition de ne pas le montrer.

D’ailleurs sur le marché US de l’emploi où les tensions ne sont pas les mêmes, être « hors poste » est plutôt positif, cela veut dire qu’on est dispo assez vite.

Les équipes françaises de LinkedIn ont eu les plus grandes difficultés à expliquer à leurs collègues US pourquoi l’abonnement « job seeker » ne marche pas ici, contrairement aux USA. L’une des particularités de cet abonnement est de pouvoir afficher sur son profil un picto « job seeker ». Invendable en France / Indispensable aux Etats-Unis.

Sur LinkedIn, pas de rubrique « mot clé » mais des zones du profil plus importantes donc qui pèsent plus lourd dans l’algorithme. Le bourrage de mots clés est inefficace : Jason S. avait indiqué plus de 500 fois sa spécialité dans son profil, sauf… là où il fallait la mettre. Résultat : aucun impact sur sa visibilité, mais une impression étrange en arrivant sur son profil.

Il y a 3 zones « sémantiquement » importantes pour LinkedIn, c’est-à-dire des zones du profil que LinkedIn va davantage utiliser pour comprendre qui vous êtes, quelles sont vos spécialités, sur quelles recherches faire ressortir votre profil et quelles annonces sont les plus à-mêmes de vous correspondre.

Le headline. La ligne sous la photo (max 120 caractères). C’est le titre du profil. Par défaut, c’est le titre du poste actuel, mais il faut le changer. Vous avez une expertise, vous ne vous résumez pas à un titre de poste.

LinkedIn est assez clair : cette zone et destinée à « une déclaration qui exprime votre mission, motivation et qualifications ».

Soyez précis : chef de projet ne veut rien dire : CONTEXTUALISEZ. Ce titre vous suit partout dans LinkedIn et c’est ce qu’on voit en arrivant sur votre profil. Donc ça doit attirer et donner envie. En revanche, a priori, pas d’impact majeur pour l’algorithme. Je devrais plutôt écrire : impact variable, LinkedIn étant comme toutes les plateformes, en version Beta permanente.

La rubrique « infos » qui s’appelle aussi « about » ou « à propos » ou « résumé » selon le serveur sur lequel votre profil est basé. C’est une rubrique stratégique. Elle est essentielle. L’une des erreurs les plus fréquentes est que cette rubrique ne soit pas renseignée. Une autre erreur est de raconter sa vie, son parcours, son passé. Or, pour ce faire, il y a la rubrique « expérience ».

La rubrique « infos », c’est un pitch. Vous devez répondre à la question « pourquoi moi ? ». Vous devez mettre en avant non pas vos 15 ans de marketing mais ce que vous en avez retenu et que vous maîtrisez aujourd’hui. Vous avez de la place : utilisez-la mais sans blabla. Pourquoi vous, quelle est votre spécialité, quelle est votre « employer value proposition ». Pensez mots clés. LinkedIn donne du poids au contenu de cette zone. Ne la négligez pas.

Les titres de postes et notamment du poste actuel. Ils sont importants à plusieurs titres.

  • Les mots dans les titres de poste ont plus de poids dans l’algorithme que le texte simple.
  • Ils sont en gras. Quand on scanne votre profil, on les voit tout de suite.
  • Quand on est sur l’app, on voit d’abord une 1° version de votre profil avec uniquement vos titres de postes.

Le « poste actuel » : C’est là d’où vient le problème.

Quand vous renseignez votre profil, vous avez une case à cocher (ou non) : « J’occupe actuellement ce poste ».

Compte tenu du fonctionnement de l’algorithme de LinkedIn, il est INDISPENSABLE que vous ayez une expérience avec cette case cochée. Sans cela, votre visibilité risque de s’effondrer. Ce serait pourtant assez logique, en étant hors poste, de ne pas avoir de poste avec cette case cochée. C’est une forme de logique. C’est un point de vue. Ce n’est pas celui de l’algorithme. Vous devez avoir une expérience avec cette case cochée. Je me répète mais c’est essentiel.

On en revient à l’objet de cet article : comment on fait quand hors poste, pour avoir un « poste actuel » alors que dans la « vraie vie » on n’en a pas.

Combien de temps peut-on garder son dernier poste comme poste actuel ?

A en croire les chasseurs que j’ai pu rencontrer : 6 mois c’est bien. Ils apprécieraient que 6 mois après le départ, le profil soit mis à jour. Hervé Ludin qui me faisait intervenir récemment auprès des dirigeants accompagnés par EOS Dirigeant confirmait ce chiffre. J’ai longtemps donné cette réponse de 6 mois quand on m’a posé la question.

Mais j’ai aussi rencontré des dizaines pour ne pas dire des centaines de dirigeants et j’ai aujourd’hui un regard différent sur le sujet.

En en parlant avec eux, c’est le grand écart. J’ai croisé celui qui ayant quitté son poste le 15 du mois, était incapable de l’afficher en « poste actuel » dès le 16. « Ce ne serait pas honnête » me disait-il. J’en ai rencontré d’autres qui n’avaient toujours pas mis leur profil 12 voire 15 mois après leur départ. Et qui n’avaient aucun problème à l’expliquer.

Alors, combien de temps ?

Il peut y avoir un sujet juridique ou d’image avec l’ex employeur. L’entreprise Durand peut voir d’un mauvais œil que M. Dupont occupe toujours le poste de DAF sur son profil alors de que cela n’est plus le cas. Certains dirigeants ont reçu des courriers d’avocat pour mettre à jour leur profil.

Dans certains cas, on n’a pas le choix. Si on veut faire autre chose, garder un poste actuel qui n’est pas aligné avec le projet est contre-productif.

En conclusion je dirais que c’est à voir au cas par cas. Tant que vous pouvez répondre avec calme, sérénité, crédibilité à un recruteur qui vous poserait la question « pourquoi votre profil n’est pas à jour (et si cela ne nuit pas à votre projet) », vous pouvez garder votre dernier poste comme poste actuel. Quand vous n’êtes plus à l’aise, quand vous commencez à rougir ou à bafouiller, il est temps de changer.

Les fausses bonnes idées

Certains ont conscience de ces contraintes et affichent un pseudo poste d’advisor d’une start up créée par un copain de leur fille ou un poste de consultant. Pensant semble-t’il que c’est mieux que de ne rien avoir.

D’autres ont la même idée mais parce qu’il faut montrer qu’on n’est pas inactif pendant sa transition. Donc M. Dupont se positionne comme consultant chez Pontdu Conseil.

J’ai publié il y a 2 jours un post sur LinkedIn sur ce sujet : c’est une très mauvaise idée.

Pour retrouver le post : Ne soyez pas consultant.

Donc comment on fait ?

Les contraintes sont telles qu’il n’y a pas de solution miracle qui apporte une réponse satisfaisante à tous les points évoqués. Je ne peux proposer qu’une moins mauvaise solution. Elle permet :

  • D’avoir un poste actuel, sans mentir.
  • De ne pas perdre en visibilité.
  • De rester « trouvable » par un recruteur.
  • De renseigner sur voter projet professionnel.
  • D’être bien compris de Linkedin.

La moins mauvaise solution, validée avec outplacers et chasseurs (pas tous, je n’ai pas mené une étude globale sur le sujet) est d’utiliser une expérience « poste actuel » avec son projet professionnel.

Titre du poste : le poste visé

Nom de l’entreprise : description du type d’entreprise.

Description : valeur ajoutée dans le poste

Exemple :