Putaclic, en français « piège à clics » désigne une mauvaise pratique assez répandue avec le développement des blogs, du contenu et des partages d’articles et de posts notamment sur LinkedIn (les autres médias sociaux sont aussi concernés). Le principe, contrairement à ce que pensent certains n’est pas de faire un titre accrocheur ou provocateur pour attirer du monde sur son contenu.

Le putaclic, ce n’est que quand il y a un décalage

entre la promesse sous entendue par le titre et le contenu.

Très souvent ces articles sont creux, sans argumentaire, sans réflexion. La définition de putaclic dans Wikipedia est assez claire : « un titre racoleur, voire mensonger et sur des éléments sensationnels, émotionnels au détriment de la qualité ou de l’exactitude« . Donc proposer un titre et une image d’illustration qui vont marquer voire attirer du monde, ce n’est pas du putaclic… si le contenu est de qualité.

Le choc du contenu

Il ne faut pas se mentir : le décalage est énorme et devient abyssal entre la quantité de contenus produite et la quantité de contenus consommée. De nombreux contributeurs ne sont lus que d’eux-mêmes. C’est assez saisissant quand on regarde de près les stats de consultation des pages de nombreux sites Internet. Parfois il y a moins de lecteurs en 1 an que de personnes dans l’équipe. Mais, souvent cela ne gêne personne.

Il est donc nécessaire, si ce n’est vital de recourir à des titres voire à des illustrations qui provoquent ou du moins interpellent. Si on veut se faire repérer et donc lire, on n’a pas le choix.

Essayer de tenir la promesse

Pour ma part, j’essaie de combiner des titres choc (exemple : moi je m’en fous j’en ai une grosse) et un contenu de qualité, c’est-à-dire réfléchi et argumenté. Je peux avoir des prises de position assez tranchées. Ce sont plus des convictions que des certitudes. Je ne sais pas si j’ai raison. Mais, tous mes points de vue sont réfléchis et argumentés. J’essaie d’éviter les formules choc et sans aucune tentative de démonstration.

C’est aussi valable dans mes commentaires : j’essaie tout autant d’éviter les « c’est nul » que les « super ! ».

Donc : Facebook est mort

Si je reviens au titre de cet article, Facebook est mort, cela donne 222 millions de résultats dans Google. 1.91 milliard pour Facebook is dead !!! Certes ces chiffres ne correspondent pas à des expressions exactes (avec des  » « ; par exemple « facebook est mort ») mais cela donne une idée du nombre d’articles qui abordent le sujet, de près ou de loin.

La plupart des articles que j’ai lus sur ce le sujet (je suis loin d’avoir leu les 39 000 articles qui sortent en recherche exacte sur « facebook est mort ») ne m’ont rien révélé, rien appris et entraient dans la case « putaclic » (j’ai bien écrit la plupart, donc pas tous). Certains misaient aussi sur cette accroche pour expliquer que le Reach naturel de Facebook devenait quasi nul. C’était d’ailleurs une grande découverte : Facebook est une entreprise commerciale, côtée, avec des actionnaires et qui doit donc générer du chiffre d’affaires et dégager de la rentabilité. Cela veut dire que vous avez une activité commerciale et que vous voulez être visible sur Facebook, il va falloir payer. Cela a surpris beaucoup de monde (encore aujourd’hui) mais Facebook, LinkedIn and Co ne vont pas favoriser la portée naturelle de vos contenus professionnels alors qu’ils vous proposent des solutions payantes pour y arriver.

Analyse du « Facebook est mort »

Sur quoi on se base (souvent) pour dire que Facebook est mort ? La plupart des prestataires ou consultants web que j’ai rencontrés utilisent Google trends. Google trends est un outil proposé par Google qui indique, par rapport à une base 100, une évolution, sur un marché géographique donné et une période de temps, des requêtes faites par les internautes sur le moteur de recherche.

Et, effectivement, quand on regarde le terme « facebook » avec les critères de tri « dans tous les pays » et « de 2004 à ce jour », clairement : « ça se casse la gueule » et avec les raccourcis dont certains sont familiers, ça se transforme rapidement en « facebook est mort ».

La courbe est sensiblement la même pour la France ou pour les Etats Unis. Et quand on voit une telle courbe, c’est clair que : Facebook est mort !

Je n’invente rien. Je ne caricature pas. J’ai vu il y a quelques mois un webinaire dans lequel un « influenceur » du web faisait cette démo et tenait ce discours à partir de ces éléments.

A titre personnel, je ne comprends pas bien ce raccourci. Tirer comme conclusion de cette courbe que « Facebook est mort » est un révélateur d’ignorance au mieux, d’incompétence ou d’escroquerie intellectuelle au pire :

  • Ignorance : on n’est pas spécialiste du digital, l’ignorance est légitime.
  • Incompétence : on prétend connaître le sujet alors que ce n’est pas le cas.
  • Escroquerie intellectuelle : on sait très bien ce qu’il y a derrière cette courbe, mais on ne le prend pas en compte, pour servir son propos.

Qu’est ce que nous dit cette courbe ?

Cette courbe nous dit juste qu’il y a, depuis décembre 2012, de moins en moins d’internautes qui cherchent le terme Facebook dans Google.

Mais, d’une part, on ne recherche pas que « Facebook ». Les internautes cherchent aussi : facebook log in ou facebook mobile ou facebook sign in ou facebook messenger ou facebook home…. Il y a des dizaines de manière de rechercher un terme ou une marque dans un moteur de recherche et on sait que les requêtes des internautes sont de plus en plus longues et différentes.

D’autre part, Google est une porte d’accès au web mais pas la seule. Là encore les usages évoluent. Fini le temps où la majorité des internautes passaient par Google pour accéder à n’importe quel site. Aujourd’hui, le trafic vers un site peut être :

  • du trafic direct (on tape directement l’adresse du site dans sa barre d’URL, c’est-à-dire la barre en haut du navigateur). J’en profite pour rappeler que Google est un moteur de recherche et non un navigateur.
  • du trafic issu d’un raccourci dans son navigateur.
  • du trafic de sites tiers.
  • du trafic issu des réseaux sociaux.
  • du trafic issu d’emails.
  • du trafic venant de la pub.

Donc se limiter à une vue partielle indiquée par Google Trends pour en tirer des conclusions générales, est un raccourci assez hasardeux et qui manque quelque peu de rigueur intellectuelle.

En l’occurrence, simplement aux USA (un peu moins de 20% de l’audience de Facebook), on a les données suivantes comme sources de trafic vers Facebook :

  • trafic direct : environ 80%.
  • des sites tiers (messenger, msn, tinder…).
  • D’autres réseaux sociaux : YouTube / Twitter / Instagram / WhatsApp ou Pinterest.
  • Du display (surtout Google).
  • Des emails.

La part du search (Google ou autre moteur de recherche) reste assez faible.

C’est aussi ne pas tenir compte du fait que Facebook c’est également une app. Enfin au moins 2 puisque pour bien faire, il faut a minima l’app Facebook et l’app Messenger pour reconstituer en mobile ce qu’on a sur un seul site en ligne. Par définition ceux qui utilisent l’app n’utilisent plus le site et ne passent plus par Google pour accéder à Facebook.

Cette courbe n’indique pas que Facebook est mort mais simplement que les usages des internautes ont évolué.

Et c’est également ne pas tenir compte des éléments financiers de Facebook. En 2018 :

  • 8mds $ de CA (+37% en 1 an et x2 en 2 ans).
  • 8 mds $ de Résultat opérationnel (+23% en 1 an et toujours x2 en 2 ans).
  • 3 mds$ de Résultat Net (+30% en 1 an et x2.16 en 2 ans).

Cela donne un ratio en 2018 (RN/CA) de près de 40%.

Alors ? Alors Facebook est peut-être mort, mais pas tout de suite et en tout cas pas sur la base de ces données.

Cela ne veut pas dire non plus qu’il faut tomber dans l’excès inverse et s’imaginer, comme beaucoup que Facebook est une stratégie ou que Facebook est LA solution ou que Facebook est obligatoire ou que « il faut » être sur Facebook.