Le web, les réseaux sociaux, le social selling, le content marketing, l’inbound marketing ont introduit beaucoup de changements dans nos vies quotidiennes. Ces changements s’observent aussi sur les jeux.

Avant, on jouait au jeu des 7 différences. Ce jeu est toujours d’actualité d’ailleurs, puisque Google en propose 26 500 000 résultat, même s’il y a relativement peu de demandes en France (500 par mois en moyenne).

Je ne suis pas très surpris qu’il ya ait peu de demandes pour ce jeu. En effet, avec le web, on a évolué et on joue maintenant au jeu des points communs. Je vous propose donc, à partir d’un cas récent, de jouer au jeu des 10 points communs (oui ça aussi ça change, on est passé de 7 à 10).

Le 13 novembre, j’ai publié sur mon blog, un article sur la fonction Topic de LinkedIn :

Comme pour chaque article publié sur mon blog, cet article a été ensuite publié sur LinkedIn en essayant de faire en sorte de limiter le risque de contenu dupliqué :

Enfin, cet article a également fait l’objet d’un post sur LinkedIn le 5 décembre dernier :

Note à l’attention des lecteurs. Il n’est nullement question ici d’attaquer qui que ce soit. Comme je l’ai déjà expliqué dans plusieurs articles, je m’attaque à des comportements, non à des personnes

Un peu plus tard, je suis alerté par un de mes contacts professionnels qui m’indique avoir vu un post qui ressemblait étrangement au mien. Il m’envoie un lien, et j’arrive à ce post :

En dehors des 3 images et hormis le fait que le post soit rédigé en anglais (assez approximatif d’ailleurs), je lui trouve une grande similarité avec le mien. On va donc jouer au jeu desdifférences 10 points communs :

Mon post (l’original)

L’autre post

1° phrase LinkedIn : Découvrez une fonction cachée : Topic ! Discover a hidden feature: Topic!
2° phrase La fonction « topic » permet d’en savoir plus sur une thématique (postes, entreprises, articles…) : « Topic » feature to learn more about a topic (positions, companies, articles…):
3° phrase Dans quelles entreprises on la retrouve le plus souvent ? In which companies are the most often?
4° phrase Dans quelle université on la retrouve le plus fréquemment ? What College found most frequently?
5° phrase Quelles sont les top compétences du domaine ? What are the top skills of the field?
6° phrase Combien de profils ont cette compétence ? How many profiles have this skill?
7° phrase Quels profils ont cette compétence ? Which profiles have this skill?
8° phrase Quelles annonces recherchent cette compétence ? What ads looking for this skill?
9° phrase Quels articles « populaires » (en anglais) traitent du sujet ?

 

What ‘popular’ articles deal with the topic?
10° phrase Il faut aller à la page https://www.linkedin.com/directory/topics/ qui liste et donne accès à tous les sujets (topics) pris en compte. Go to the page https://lnkd.in/g8RvH9y that lists and gives access to all subjects (topics) taken into account

En dehors des mots manquants dans la version anglaise, il y a quand même de grandes similarités entre les 2 posts : 10 phrases sur 10 sont totalement identiques ! Un plagiaire dont j’ai oublié le nom disait il n’y a pas si longtemps : « je ne pique pas une idée, je rends hommage ». Là, l’autre post me rend un sacré hommage. Sauf que… la déontologie (mais c’est encore un mot du siècle dernier) veut que dans ces cas-là, on cite l’auteur original.

Cela dit, quand on creuse un peu plus, c’est en fait un BOGOF (Buy One Get One Free), un acronyme bien connu pour les produits de grande consommation. En effet, avec l’autre post, on a à la fois le jeu des 10 points communs, et le jeu des différences :

  • L’autre post mentionne une vingtaine d’autres profils, 5 pages entreprises et 2 pages d’associations pour essayer de se faire repérer et espérer ainsi augmenter la portée de son post. Pour quel résultat ? 8 likes, dont l’auteur qui s’est auto liké(e). Pas réellement d’engagement. Pour un profil d »‘influencer » (comme il se décrit), qui mentionne plein de monde…j’ai mon idée de la pertinence, mais je laisse chacun se faire son opinion. Cela montre une fois de plus que la taille de l’audience ou de la communauté ne veut pas dire grand-chose et qu’il ne faut pas se laisser impressionner par des comptes LinkedIn ou Twitter à 20 000 ou 30 000 followers.
  • Ce profil dit donc être un « influencer ». J’ai vérifié sur les versions anglaise et française de mon profil, je ne m’auto qualifie pas d’influenceur, ni d’influencer.

  • L’autre profil a un peu plus de 30 000 followers. Je suis un tout petit joueur puisque je n’en ai que 9 301 au moment où j’écris. Cela dit, en termes d’engagement, on a d’un côté 8 likes sur plus de 30 000 followers, soit un ratio de 0.026% et sur mon post, 82 likes et 16 commentaires soit 98 engagements. Ce qui donne un ratio de 1.05%. Cela fait 40 fois plus.
  • En regardant la rubrique « toute l’activité » de l’autre profil, qui est donc un « influencer » avec plus de 30 000 followers et un SSI de 87 (SII = Social Selling Index, un score sur 100 donné par une plateforme de LinkedIn Sales Solutions et qui évolue toutes les semaines), je me suis dit que les 8 likes étaient une anomalie et que ce profil devait générer habituellement un fort engagement. En écrivant ces lignes (11 décembre 2017 / 20h), voici ce que je vois sur ses 10 dernières activités :
    • 2 likes / 6 likes / 5 likes / 2 likes / 4 likes / 5 likes / 41 likes + 3 commentaires / 24 likes + 12 commentaires / 10 likes + 1 commentaire et 15 likes + 4 commentaires). Les posts les plus likés étant liés à Johnny Hallyday.
    • Aucun article original depuis Février 2016 (on est quand même sur un profil de « Digital and Social Media Marketer »).

  • Aucun post original non plus d’ailleurs. La ligne éditoriale semble n’être qu’une reprise du contenu des autres.
  • Une ligne éditoriale… surprenante : le vin, Johnny Hallyday, l’innovation chez Orange, les opportunités liées au digital, le Hub Marseille, une rencontre de réseau à La Réunion, les fans de marques, la social TV, Orange Bank, la fusée électrique (start up), minutebuzz, Pepsi…

En conclusion :

Chacun fait ce qu’il veut et on peut (en reprenant la maxime du « philosophe » Rémi Gaillard) chercher à devenir n’importe qui en faisant n’importe quoi. Ce profil, en dehors du fait qu’il manque totalement de déontologie en cherchant à briller auprès de son réseau en essayant de s’approprier le contenu d’un autre ne fait au final pas de mal à grand monde, si ce n’est peut-être à lui/elle-même.

Ce n’est pas ma conception, mais comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises récemment dans divers articles, j’ai probablement des valeurs et des principes d’un autre temps. Pour moi, le social selling, l’inbound marketing, le marketing digital… ce n’est pas :

  • afficher des grosses communautés (qui ne sont pas du tout engagées). Indiquer +30K parce que LinkedIn bloque l’affichage des contacts à +500, quand on est proche du 0 engagement, cela n’a aucun sens. On ferait d’ailleurs mieux de le masquer.
  • Satisfaire son ego ou chercher à impressionner avec des « 1% top viewed ». D’une part cela ne veut rien dire de la qualité du profil. D’autre part, sauf erreur de calcul de ma part 1% de 500 millions, ça fait 5 millions. Donc ce profil serait un des 5 millions les plus vus sur LinkedIn. Et alors ? Je ne vais pas dire que tout le monde fait partie des 1% mais a priori chaque personne qui interagi de temps en temps y arrive sans difficulté.
  • Ce n’est pas mettre en avant un SSI de telle ou telle valeur, alors que, par définition, c’est un score qui change toutes les semaines.
  • Ce n’est pas partager ou liker sans aucun discernement et sans aucune ligne directrice.
  • Ce n’est pas s’auto proclamer « influencer » ou expert de sujets qu’en fait on ne maîtrise pas totalement.
  • Ce n’est pas copier-coller ce qu’ont fait les autres pour essayer de se l’approprier.
  • Ce n’est pas essayer de faire croire à son réseau que l’on est ce que l’on n’est pas.