Google et la presse
 

Face au raz-de-marée du numérique, quel avenir pour la presse? Les ventes sont en baisse, les recettes publicitaires se contractent, les effectifs fondent, les financiers prennent la main avec des exigences de rendement. L’analyse et l’investigation cèdent la place à des formules de dépêches et communiqués à faible valeur ajoutée.

L. Joffrin (Libération) reconnaissait il y a quelques mous que les producteurs d’information sont sous pression en supportant tous les coûts quand les agrégateurs de contenu du Net captent la majorité du C.A.

Paradoxalement, sur Internet, Google est toujours plus riche et il n’y a jamais eu autant de lecteurs. Il n’y a donc pas de problème d’audience, mais de monétisation de cette audience. Le modèle gratuit imposé par Google détruit les groupes de presse et laisse très peu de place aux modèles payants.

Le gratuit financé par la pub n’est pas compatible avec une rétribution du journaliste liée à la qualité. Les groupes de presse n’ont pas de contrôle sur la monétisation de leurs audiences puisque tout passe par Google. En effet

– Les pub présentes sur les sites de presse (hors quelques unes commercialisées directement) sont gérées par Google (Adsense). Et le site n’a aucune maîtrise des annonceurs, ni des niveaux de facturation qui sont fixés par Google.

Le fonctionnement du système est, à première vue assez simple:

– Le site de presse est financé en partie par Google avec les publicités du “Réseau de Contenu”.

– Google apporte de l’audience via le moteur de recherche et via Google Actualités.

Si on creuse un peu plus, on sait que Google fonctionne sur la pertinence. Google enverra des internautes vers le site, quand il aura déterminé que le site ou qu’une page du site est pertinent. Mais on sait aussi que le système de Google repose sur les enchères. On peut donc penser que les internautes puissent être renvoyés vers les sites et les pages où les enchères et les clics sont les plus élevés. En effet, Google, comme toute autre entreprise cherche à optimiser ses recettes.

Google, de son côté est confronté à 2 objectifs qui peuvent paraître antagonistes:

– son C.A. doit croître, quelque soit le site où ses publicités sont diffusées.

– chaque annonceur et chaque site “support” hébergeant de la publicité doit y trouver un minimum de satisfaction.

Conséquence pour le site de presse: c’est Google qui décide de la publicité qui s’affiche. Google connait désormais (avec les cookies) le profil de chaque internaute et peut donc avoir à gagner à ne pas mettre les publicités les plus rémunératrices pour le site. Google peut recevoir plus de profit à monnayer l’internaute auprès d’autres sites qui lui seront plus profitables.

C’est une sorte de piège pour le site de presse:

1) Il met des espaces à disposition de Google sans en maîtriser aucunement les recettes. Et Google n’a jamais dit quelle part de la facturation de la publicité est reversée au support. Le site de presse ne vend donc pas ses espaces de pub en fonction de la valeur de ses lecteurs, car il ne contrôle ni le choix des pubs, ni les prix de ces pubs.

2) Grâce à la pub diffusée sur les sites de presse, Google améliore son profilage des internautes, et pourra réutiliser ces données sur les autres sites et dans les résultats de recherche.

3) L’internaute est habitué au gratuit financé par la pub. Google répartit son audience entre tous les sites qui veulent profiter de son système. Le site de presse ne peut donc recevoir de Google que les internautes qu’on veut bien lui rediriger, c’est à dire si Google estime avoir plus à y gagner que sur d’autres sites.

Cette équation économique bancale peut menacer un certain nombre de groupes de presse.